Point de rupture

Le week-end dernier, alors que je marchais seule dans la nature, j'ai été très émue face à cet arbre. Ça semble un peu bête, mais la récente cassure de son tronc m'envoyait à ma propre douleur intérieure. J'ai même pris le temps de le photographier tellement l'image était forte pour moi.

Hier, je suis allée consulter pour mes douleurs au cou suite à mon accident d'auto. Cette dernière est restée un mois au garage pour recevoir des petits soins alors que moi, je m'étais permise une ou deux Advil.

En fait, j'ai un peu mal partout, mais je n'ai pas le temps d'y penser, ou plutôt, je n'ose pas m'arrêter de peur de ne pas pouvoir repartir. Je sais que je dois prendre soin de moi pour être capable de prendre soin des autres, que j'ai besoin de ci et ça, etc...

Mais, dans ma vraie vie, ça ne fonctionne pas comme ça. Les urgences font la file, mon père est de plus en plus démuni, les formulaires s'empilent sur ma table de la cuisine, ainsi que les mémos de l'école des enfants, les comptes, les listes de To Do, ma boîte vocale est pleine, etc...

Donc, hier matin, j'ai laissé un message à la soeur d'une amie sur un coup de tête et quand j'ai su que je pouvais passer la voir, mon armure s'est soudainement fêlée. Au courant de l'après-midi, toutes mes émotions et mes douleurs que je refoule depuis des semaines ont commencé à se manifester. J'ai même eu un moment de vertige. Est-ce que je voulais vraiment y aller?

À 15h30, quand je suis rentrée dans son bureau, je savais que ça ne serait qu'un premier pas. Très vite, les larmes ont commencé à couler, chaudes, abondantes, constantes. Je sais que le corps est relié aux émotions, à la tête et vice-versa. J'aurais besoin d'un bolide digne d'un marathonien avec les journées que je vis, alors que je me retrouve avec un corps diminué...

Je carbure au café, je serre les dents et les mâchoires pour me lever et avancer, j'arrête de respirer pour ne pas me laisser envahir par les émotions, j'ai une entorse cervicale suite à l'accident d'auto, je ne sais plus si c'est normal ou pas d'avoir mal, je vieillis, je me néglige...

Bref, depuis mon r.v., je suis comme en état de choc, surprise et même déçue (oui, je suis trop difficile pour moi, je sais) de mon état. J'ai de la peine, je réalise que ça ne va pas bien, que je ne serai plus capable de continuer ainsi. Que moi aussi, j'ai besoin d'aide. Pas juste d'un week-end de repos avec des beaux moments, des belle rencontres, des belles réalisations.

Je dois revenir à la base. J'ai annulé ce que je pouvais pour aujourd'hui, j'ai pris un r.v. avec ma thérapeute qui m'accompagne depuis plusieurs années, j'ai envoyé un appel à l'aide à la soeur de mon père (qui demeure loin) et à sa cousine pour leur demander si elles ne pourraient pas m'aider un peu (il a un IRM et un autre r.v. la semaine prochaine et il ne peut pas y aller seul).

Je ne sais pas ce que ça va donner, mon père n'a jamais été très présent ni disponible pour elles. C'est triste à dire et encore plus à écrire... Alors de demander pour lui à sa seule famille qui lui reste, c'est difficile. Ça me gêne de faire cet appel, mais moi, je suis sur la corde raide, au point de rupture et là, j'ai besoin qu'il se passe quelque chose, j'ai aussi besoin d'aide. Ça ne peut pas venir de mon propre réseau, celui-ci est déjà bien occupé et débordé.

J'ai fait aussi des démarches au CLSC, mais ça prend du temps, il faut que mon père dise oui (et de ce côté, c'est très difficile), et je vois mal un bénévole qui ne connaît pas mon père l'accompagner pour un IRM à 21h00, à MTL, dans 6 jours. Et si je suis franche et que je regarde ça présentement, je pourrais dire que chaque démarche demande une dose d'énergie que je n'ai plu.

Moi qui pensait naïvement qu'un week-end en solo réglerait tout, ce midi, je suis un peu déconfite... Ce n'est pas la fin du monde, juste celui que j'espérais qui pourrait fonctionner encore quelques mois histoire d'accompagner mon papa sur ce chemin descendant. Une même question demeure: comment concilier travail-famille-handicaps-maladies-parent vieillissant ?

Pfff....




Commentaires

  1. Je crois que tu as fait la bonne chose, demander de l'aide! On ne peut malheureusement pas tout faire seule. Peut-être sera tu agréablement surprise par la famille de ton père! Essait de prendre du temps pour toi, même si ça ne regle pas tout, ça va au moins te donner un peu d'énergie!!

    Un gros calin pour toi!

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  2. Pour x et x raisons, autres mais semblables, je suis un peu dans la même situation que toi. Ce point de rupture dont tu parles, cet arbre qui me déchire également seulement à voir ta photo, tes mots me font du bien et me rappellent à quel point l'équilibre famille-travail-maladies-parents vieillissants, etc. est tellement fragile. Tu es forte comme l'arbre qui reprend racine et s'élève vers le ciel, tu sais et sauras trouver l'aide nécessaire. Gros câlin virtuel! xx

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  3. Je te souhaite de trouver des gens biens qui pourront t'aider et t'épauler dans ces moments difficiles. Bon courage et bon rétablissement xox

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  4. Tu fais bien de demander de l'aide. Prends soin de toi! xx

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  5. Mamambooh,

    Dans ton dernier paragraphe, tu ne poses pas la bonne question. Et en ne posant pas la bonne question, on ne pourra jamais trouver une réponse. Ce n'est pas «Comment» qu'il faut demander, mais bien «peut-on concilier tout cela». Je suis prête à parier que tout ceux qui te lisent hurlent, ensemble, non.

    Personnellement, je tolère mieux l'image d'un bénévole qui accompagne papa que celle d'une femme qui semble être sur le point de craquer. C'est impossible tout ça. Femme libre posait une bonne question y'a pas si longtemps : ils font quoi ceux qui sont seuls?

    Il ne faut pas que tu coules.

    J.

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  6. Je ne peux pas répondre à ta dernière question, mais je suis de tout coeur avec toi. Demander de l'aide n'est pas une faiblesse mais bien un acte de conscience. Tu ne peux pas mener tous les combats... mêmes si tu as le dos larges et le coeur sur la main. Le corps a ses limites. Prends soins de toi.Je penserai à toi. x x x

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  7. Demander de l'aide. Tendre la main. Ce n'est jamais facile. On a un orgueil trop grand parfois (non, souvent!). Alors je te félicite de l'avoir fait et de t'avoir choisi un peu dans le brouhaha de ta vie. Tu m'inspires beaucoup, il faut que tu le saches!
    Continue de t'écouter. Je suis là si tu as envie d'en parler ou d'écrire xx

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  8. Ma chère Julie... je n'ai pas de mots tellement je reconnais ce moment où ils faut lâcher prise sur plein de points parce qu'obligée de se ramasser, soi. Je suis de tout coeur avec toi... xx

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  9. Si j'avais la recette pour te rendre la vie plus facile, je te l'offrirais avec plaisir.

    Cet arbre qui craque, je le connais bien... le mien aussi a atteint un point de rupture. Je crains la chute de l'arbre qui arrivera peut-être après mon déménagement, lorsque le stress et l'adrénaline seront tombés...

    Je te félicite d'avoir été chercher de l'aide car ça demande beaucoup de courage. Je te souhaite que ça porte fruit.

    Je suis en pensée avec toi.

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  10. Il y a de plus en plus de personnes qui sont au prises avec cette "conciliation" hyper chargée...

    S'occuper de ses propres enfants, ainsi que de ses parents vieillissants en même temps, c'est difficile à mon avis.

    Tu peux être fière de toi d'avoir oser demander de l'aide parce qu'il faut que tu penses à toi aussi.

    Gros câlins ma belle Julie xox

    PS Mon épaule est toujours disponible de mêmes que mes oreilles pour t'écouter!

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  11. Je te fais un gros câlin, je sympathise car je comprends tellement ce que tu vis! xoxo

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  12. Je dois aussi m'occuper de mon père et des rendez-vous auxquels il ne veut pas aller. Mais je pense qu'ils sont comme des enfants chez le dentiste : si on est à côté, ils font des crises; si on les laisse aller avec l'hygiéniste, ça se passe mieux.

    Si un bénévole est prêt à prendre ta relève, accepte. Il est sûrement habitué à ce genre de situations et pourrait devenir un allié précieux pour toi. Ton père va apprendre à le connaître. Il ne sera pas content au début, c'est sûr mais ce sera passager.

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