Le test des lunettes ou comment réaliser qu'on est moins importante que les autres

Depuis que je suis maman, il n’y a pas grand-chose qui se passe comme je le pensais, comme je le souhaitais ou encore comme je le veux.

La maternité est venue changer mes plans du côté de la carrière, je me suis retrouvée depuis les 9 mois de ma fille à vivre plusieurs épisodes d’hospitalisation, des années de rendez-vous hebdomadaires à l’hôpital Sainte-Justine, puis aux centres de réadaptation pour mes deux enfants, ainsi que des suivis avec plusieurs spécialistes.

Le test des lunettes Julie Philippon
Les lunettes de Fiston - photo d'Opto-réseau


Un agenda de président de compagnie


Avec mon conjoint, on a convenu que c’était moi qui étais pour gérer l’agenda de président de compagnie de nos enfants, allant aux rendez-vous, examens, aux thérapies, aux rencontres pour les plans d’intervention, aux soirées d’informations, aux réunions de parents, etc. Sans parler du quotidien de tous les jeunes enfants qui implique gastros, otites et autres maladies infantiles.

Avec mes grossesses rapprochées et mes congés de maternité, j’étais déjà celle qui faisait tout ça, qui frappait aux portes, remplissait les formulaires, faisait les appels, etc. J’ai essayé de tout concilier en retournant au travail à temps partiel, puis mon père est tombé malade et encore une fois, mes plans ont changé.

Une carrière mise de côté


En gros, depuis 11 ans, j’ai mis de côté la carrière, les projets de retraite et d’économies et j’ai pas mal surfé d’une urgence à une autre, sans avoir le temps vraiment d’y penser. Pas par manque d’ambition, simplement par manque de temps, d’énergie et de « chance ».

Par contre, je me suis adaptée en étant créative et l’écriture est venue m’apporter un peu d’espace dans ma tête puis des projets de livres et des piges, le tout toujours réalisé entre deux rendez-vous, souvent à la dernière minute, le soir, les week-ends, etc. 

Ma job de maman d’enfants différents n’est pas vraiment compatible avec ma job d’enseignante puisqu’elles se partagent les mêmes heures ouvrables. Pourtant, j’aime beaucoup plus enseigner et voir les yeux de mes élèves briller que d’aller à des rendez-vous médicaux pour constater les difficultés de mes enfants, vivre de nouveaux deuils, etc.

Le test des lunettes


Hier soir, en couchant mon fils, j’ai appris que vendredi dernier, il avait cassé ses lunettes. J’étais embêtée, comment régler ce problème un dimanche à 19h30? Je lui ai demandé pourquoi il n’en avait pas parlé avec son père en revenant de l’école alors que moi, j’étais à Québec pour le Salon international du livre et c’est la que j’ai comme reçu un coup de poing en pleine face.

Fiston m’a dit : « parce que je ne voulais pas que papa me chicane, mais surtout, qu’on soit obligé de s’en occuper et que ça prenne deux trois heures de notre fin de semaine alors que toi, tu es habituée de faire les rendez-vous et de prendre deux ou trois heures pour moi, pour ça. »

(…)

La bonne de service


J’avoue que ma première réponse a été : « Fiston, je retourne travailler à temps plein à l’école l’an prochain » mêlée d’un grand sentiment d’injustice et de colère.

C’est ça, moi, je suis bonne juste pour ça, les rendez-vous, perdre mon temps ou encore, mon temps n’est pas important, je suis la bobonne de service.

En soirée, j’en ai reparlé avec mon chum, il n’a pas vraiment eu de réaction à part de me dire qu’il n’aurait pas été fâché si les lunettes avaient été cassées par accident. Pas un mot sur le commentaire de Fiston.

Pff!


La vérité sort de la bouche des enfants


Je suis allée me coucher avec un goût amer.

Je me suis réveillée avec ça en tête. Même mon café n’a pas réussi à me faire oublier la réflexion de Fiston. 

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants, j’y crois et je réalise que j’ai probablement trop donné pour qu’on tienne pour acquis que mon temps est moins important que celui des autres alors que j’ai un projet important à finaliser, que je suis fatiguée et que je me remets d’une maladie.

J’ai fait le test des lunettes sans vraiment le savoir et je l’ai échoué. Pis ça me dérange beaucoup de le réaliser. Fiston m’a donnée toute une leçon et il ne le sait pas encore, mais les choses vont changer parce que ce n’est pas vrai que mon temps est moins important que celui des autres.

Que je suis moins importante que les autres.

J’ai fait le choix d’être plus disponible et présente pour mes enfants par amour et par amour, je vais me mettre aussi à l’horaire. Promis. Parce qu'il semblerait que ce n'est pas juste moi qui l'a oublié.

Et vous, si vous aviez à le faire, est-ce que vous réussiriez le test des lunettes?
 


*Note : Fiston était en pédagogique,  à la maison aujourd’hui (c’est donc bibi qui s’en occupait) et nous sommes allés faire réparer ses lunettes, il ne voulait pas y aller, mais il n’avait heureusement pas le choix, incapable de les ajuster sans lui.

Commentaires

  1. Oh que je connais ce sentiment où les autres se "fient" sur notre disponibilité notre grand coeur. Parent séparé d'un seul enfant, la moutarde me monte encore au nez après 12 ans quand je lis un texto de mon ex qui me demande le numéro de la coiffeuse ou encore de prendre RV pour lui pour qu'il aille chez la dite coiffeuse avec fiston... Euh... Je ne suis pas ta secrétaire! Merci pour l'article: On se sent moins dans le champ de réclamer NOTRE temps..

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  2. Je comprends très bien ta réaction. Je suis nouvellement de retour sur le marché du travail, après 9 ans. Et effectivement, je constate qu'un homme qui travaille a besoin d'un break après le travail, tandis qu'une femme, ben s'occuper des enfants et des tâches, c'est acquis. Bref, je vis une période d'adaptation et un peu d'incompréhension, mais c'est un autre sujet. C'est pas évident prendre soin de soi quand on est une mère. C'est essentiel, mais on dirait que c'est peut-être pas si bien vu. Bref, courage et bonne réflexion!

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  3. M'oubliez pour défoncer des portes pour fiston était peut-être la chose à faire, mais en même temps, ça m'aura apporter la dépression, l'épuisement... Depuis 1 mois, je me remets à l'agenda, entre 2 rendez-vous, 2 crises à gérer (heureusement moins fréquentes), 2 combats... Je me redonne une place...

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  4. Je peux te conter mon histoire comme rien n arrive jamais pour rien j ai reçu ton texte d une amie sur fb qui me veut du bien.mon garçon à l époque avait 4 ans déjà suivi en orthophonie ergo. ..il a eu un accident d auto 2 mois après que j ai accoucher de mon 2 ème s en suivi les rencontres à St Justine ergo chirurgie plastie. ...et retour en readap car il perdu tous ces acquis dans l accident des lors le soir de l accident mon chum ma nommé présidente de famille tous rdv rencontres formulaire accompli par ma simple personnes c était pas assez min 2 ème à la rentrée scolaire rencontres avec le prof pour une évaluation en psy tdah confirmer avec anxiété durant ce matin mon 3 ème pousse on se dit lui il va être correct à 18 mois marche toujours pas rencontré avec équipe multi de l hôpital il a juste un retard de langage!!!!dsl mais on voyais pas le même enfant rencontres en orthophonie dsl qu'elle me dit je suis pas capables de travailler avec lui je le réfère en réadaptation au bouclier .après 7 ans à titre de préposée je lâche mon emploi et de me faire répondre par mon conjoint tu es la meilleure dans le domaine des enfants lâche pas ! de la je lui ai répondu si tu te serait mis à la tâche peut etre que je quitterais pas mon emploi en burn out. dépourvu de vie depuis que mon plus vieux à 4 ans on sait laisser une chance d en avoir un dernier qui pourrais peut être, être correct. Vous me direz tu aurais pu arrêté avant d avoir 3-4enfants je sais mais on espère toujours alors la dépression totale

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  5. Suite car j ai manquer de ligne.2 tentative de suicide car pu de force j étais tanner de me battre une 3 ème qui sans l intervention de ma belle soeur de l époque aurait réussi enfin je vois le psy et peut être un jour la lumière je suis toujours la présidente je suis fragile mais grâce à mon psy j ai mis à mon agenda une place pour moi une heure à chaque jour ces facile de la skipper et j en paie le prix parfois mais il faut pas lâcher car la vie malgré tout vaut la peine d être vécu merci mamanbooh d'avoir partager ton témoignage un instant sa ma permis de me sentir moin seule

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  6. I feel you pain. Beau témoignage. Ils savent tellement sur quels boutons peser. #TrueStory Bon courage !

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  7. De mon côté, ce n'est pas seulement mon temps qui est moins important que celui des autres c'est MOI la maman de mon enfant différent. Merci pour ce texte !

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  8. Se sentir prise pour acquis et invisible, ça fait mal. Je comprends X1000 et compatis. Gros câlins.

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  9. pour le gamin qui dit ca, je ne suis pas certaine que ton temps est moins important. se sent-il plus à l'aise? moins dérangeant? moins angoisé meme a la dernière minute? pour nous, en tant que mère, on se sent citoyen de 2e ou 3e classe. j'en ai trois dysfférents. je viens de placer le 3e dans un centre jeunesse avant de retomber ci-bas qu'on ne sais pas si on reviendra... notre perception n'est pas la leur, heureusement pour eux!

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  10. Je vous lis ce matin j en ai les larmes aux yeux

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